Biens chers paroissiens de la communauté de paroisses de l’Union et autres lieux,
Ceux qui ont le devoir et la grâce (les ministres ordonnés) ou seulement la grâce (certains baptisés qui en profitent) ont pu lire ce matin un merveilleux texte du bréviaire, extrait d’une lettre de Saint Athanase d’Alexandrie (298-328) : « (Pour la Pâque, Dieu) nous réunit en une seule assemblée, dans un rendez-vous spirituel qui se réalise partout. Il nous permet de prier en commun, d’offrir ensemble nos actions de grâce… C’est le miracle de sa bonté : lui-même rassemble pour cette fête ceux qui sont au loin, et ceux qui peuvent être distants corporellement, il les rapproche dans l’unité de la foi ».
L’Église, est ecclesia, c’est à dire convocation – appel. Ce mot grec désignait des assemblés du peuple, constituées par Dieu comme SON peuple. En s’appelant ainsi, les premiers disciples du Christ – qui s’étaient déjà réunis en fraternités missionnaires – se reconnaissaient comme « héritiers » de ces assemblées de l’Ancien Testament.
Quelle épreuve, parmi bien d’autres en ces temps-ci, de constater que cette Église de Dieu ne peut plus honorer sa vocation à se rassembler physiquement, en communauté locale, en assemblée liturgique, surtout eucharistique. Est-ce déjà arrivé dans l’histoire ? Même sous les persécutions sanglantes, les chrétiens se réunissent… Pourtant, au sein de cette expérience si particulière, demeure dans tous nos coeurs de baptisés cette conviction d’appartenir à une unique communauté universelle de croyants : « l’unité de la Foi ».
C’est l’Église ! C’est le peuple que Dieu rassemble, SON peuple, dans le monde entier, ici-bas sur la terre comme au Ciel, où l’Église connait déjà ce qu’elle sera éternellement. Ce que nous serons éternellement en elle ! Quelle joie ! Quelle merveille !
Puisque « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm8, 28), il nous est donné de pouvoir approfondir ce « mystère de l’Église », alors même que nous sommes privés de l’une de ses dimensions fondamentales. Autrefois peut-être trop habitués, nous sommes en effet privés. Privés de messes (mais aussi dispensés de l’obligation la messe dominicale), privés de liturgies, privés de l’Eucharistie, privés de confessions, privés de communion visible. Mais nous ne sommes pas privés de communion dans la foi – spirituelle, amicale, fraternelle.
Bien sûr, les prêtres-pasteurs de votre paroisse partagent avec vous l’épreuve de ce confinement. Quelle expérience de dire la messe tous les jours presque seuls, alors que nous sommes fait PAR l’Église POUR vous… Là-aussi, cette expérience nous permet d’approfondir le mystère du sacerdoce, le coeur de notre être de prêtre et le coeur de la messe. Puisque « l’Eucharistie fait l’Église », de ces messes privées, confinées, avec toutes vos prières et vos offrandes qui composent une grande et belle assemblée spirituelle, jaillit pour nous tous une source inépuisable de grâce et de communion.
Devant la situation anxiogène qui appesantit notre monde, et peut-être nos propres coeurs aussi, ne cessons pas de nous rappeler les uns aux autres notre grande espérance ! Nous sommes « enfants de Dieu » avant tout, « pèlerins et voyageurs sur la terre » (Gn 23, 4 ; He 11, 13).
« Portons les fardeaux les uns des autres » (Ga 6, 2), dans le Christ et avançons ensemble vers sa Pâque pour « passer de ce monde vers son Père » (Jn 13, 1).
Là est notre grande vocation, notre grande espérance, notre grande joie !
Père Jean-Baptiste