« Voilà (…) ce que signifie ‘‘être un moine’’. C’est connaître le Père, dans le Fils, par l’Esprit-Saint. C’est savoir que les Trois Personnes Divines demeurent en nous tous, et goûter l’ineffable miracle de cet abandon mutuel par lequel Dieu se donne plus pleinement à nous pour nous amener à nous abandonner à Lui. La vraie vie contemplative est donc simplement une profonde compréhension de la vie chrétienne ordinaire qui, pour ‘‘ordinaire’’ qu’elle soit, représente le plus merveilleux de tous les miracles : Dieu Lui-même vivant en nous !

    Ceci éclaire d’une lumière nouvelle notre quête de Dieu. De nombreux débutants dans la vie monastique sont anxieux, troublés, et dérèglent leur vie spirituelle parce qu’ils luttent pour saisir et ‘‘sentir’’ Dieu comme s’ils ne Le possédaient pas déjà invisiblement dans leurs cœurs. Or le moine qui se lance dans la conquête farouche et païenne de l’Absolu peut arriver à chasser Dieu de son cœur par la violence même de ses malencontreux efforts. C’est seulement en devenant ‘‘petits’’ que nous pouvons connaître Dieu – suffisamment petits pour comprendre ce qu’il y a de merveilleux dans le fait qu’en Se donnant à nous Il nous a tout donné, et que nous n’avons plus qu’une seule tâche à remplir : Le remercier et nous rendre compte de ce qu’Il a fait. C’est l’unique chose nécessaire.

    Or, s’y adonner, c’est à la fois chercher Dieu et Le trouver. C’est la clef de la vie monastique. Car, pour le faire, c’est-à-dire pour remplir la fin unique de la vocation monastique, il faut être assez humble pour se passer d’actions et se contenter simplement d’être un fils qui est aimé par son Père céleste. »

 (Thomas MERTON, La paix monastique, 1961)